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« Il a dormi pendant deux mois sur le matelas »

Yaoundé le 31 août 2017. Ayah Paul en famille le jour de sa libération

Yaoundé le 31 août 2017. Ayah Paul en famille le jour de sa libération.

Ayah Paul Abine, magistrat hors hiérarchie, a été libéré jeudi dernier, après huit mois de détention. Rencontré à son domicile le jour de sa libération, il n’a pas souhaité s’exprimer. Mais, Valentine Ayah, son épouse a bien voulu se confier.

Cette libération a eu lieu parce que le mercredi 30 août, Paul Biya, le président de la République du Cameroun, a ordonné l’arrêt des poursuites pendantes devant le tribunal militaire de Yaoundé contre les nommés Nkongho Felix Agbor, Fontem Aforteka’a Neba, Paul Ayah Abine et certaines autres personnes interpellées dans le cadre des violences survenues ces derniers mois dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun.

Il faut rappeler que les violences dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun avaient perturbé l’année scolaire et été à l’origine de villes mortes.

 

Comment vous sentez-vous maintenant que votre mari est revenu à la maison ?

Valentine Ayah: Je sens que le vide qui était dans cette maison pendant huit mois est comblé et que Dieu a fait son travail. Ce n’est que lui.

Comprenez-vous les raisons pour lesquelles il a été incarcéré pendant huit mois ?

Valentine Ayah; Le jour où on l’a arrêté, c’est lui-même qui demandait : qu’est-ce que j’ai fait ? Moi je ne pouvais pas poser la question.  Les gens sont entrés. J’étais à la cuisine. J’ai suivi les bruits je suis sortie. J’ai trouvé qu’on le tirait pour l’amener et que s’il résiste ça va mal partir. C’est ce que j’ai entendu de mes oreilles. Je suis allée l’accompagner là où on l’amenait, au SED.

Je ne sais pas pourquoi on l’a arrêté. C’est aujourd’hui que j’ai appris qu’il n’a rien fait, qu’il est innocent, qu’il est propre, qu’il est libre.

 Mais durant les huit mois qui se sont écoulés, nous avons demandé, nous avons voulu qu’on nous dise ce qu’il a fait parce que ça nous mettait très mal à l’aise. Lui-même se posait la question nuit et jour : qu’est-ce que j’ai fait, pourquoi je suis ici, on ne me dit rien. Donc, je ne peux pas vous dire quelles sont les raisons pour lesquelles il a été incarcéré, je ne sais pas. Mais je sais qu’il est libre aujourd’hui, par la grâce de Dieu.

 

Quelles étaient ses conditions de détention ?

Valentine Ayah: Le premier jour qu’on l’a enlevé d’ici, il avait été gardé dans une cellule qui lui a donné des problèmes de santé. Il ne voit pas bien. L’œil gauche est atteint. Il a eu des brûlures des deux côtés de la face. Il a été enlevé de là parce qu’il a failli crever et c’est Dieu qui l’ai aidé. Dieu a dit Non.

Il était enfermé, il n’y avait pas de lumière, il n’y avait rien. Donc, la chaleur a provoqué des maladies. Il est devenu cardiaque. Il a les yeux qui dérangent. Il va suivre un traitement jusqu’à la fin de ses jours. Il a dormi pendant deux mois sur le matelas. C’est le troisième mois qu’on lui a donné le lit.

Mais ça va. Nous avons accepté, l’essentiel est là, il est sorti. Il n’est pas en santé mais il vit.

 

Allez-vous lui demander d’arrêter la politique ?

Valentine Ayah: C’est difficile de me prononcer. C’est lui seul qui peut décider, ce n’est pas moi. Tout ce que je veux, et je demande à Dieu c’est de le garder et qu’il soit juste dans ses actes.

Interview réalisée à Yaoundé le 31 août 2017 par Hopafrica.org