Aller au contenu principal

Le mobile money donne de l’autonomie aux femmes issues de foyers polygamiques

Le mobile money donne de l'autonomie aux femmes issues de foyers polygamiques

Le mobile money donne de l'autonomie aux femmes issues de foyers polygamiques. (c) Anne Mireille Nzouankeu

Depuis le début de l’année, le PAM a introduit le Cash Based Transfer (CBT), un système qui consiste à convertir l’équivalent de la ration alimentaire en argent.

Abdoulaye Amina est une réfugiée centrafricaine de 24 ans vivant à Timangolo, un village camerounais situé non loin de la frontière centrafricaine. Mère d’un foyer de six enfants, elle doit s’approvisionner en nourriture pour la semaine. Alors, elle se rend dans un marché pas comme les autres : elle va faire ses achats et son paiement en ligne, et se rendre ensuite chez les commerçants, juste pour récupérer ses colis.

La première étape pour la mère de quatre enfants consiste à se rendre chez un agent de liaison qui va l’aider à faire ses courses. « Nous aidons ceux qui ne savent pas lire à passer leur commande et à effectuer le transfert d’argent sur le compte du commerçant », explique Nancy Aba’a, agent de terrain auprès du bureau local du PAM.  C’est à cette tâche qu’elle s’attelle auprès de Amina. 

Assise sur un tabouret, face à Nancy, Abdoulaye Amina choisit les aliments qu’elle veut acheter : du lait, du sel, du sucre, des pâtes alimentaires, de la farine de manioc, du bouillon en cube et de la viande. Au fur et à mesure qu’elle fait son choix, Nancy, l’agent de liaison l’aide à remplir une fiche de commande. A la fin, l’agent fait les totaux puis procède au transfert d’argent, du téléphone portable d’Amina à ceux des commerçants qui ont été choisi. Abdoulaye Amina se rend ensuite chez les commerçants pour récupérer ses colis.

Le Cameroun abrite actuellement 359 000 réfugiés parmi lesquels 274 000 centrafricains. Ces réfugiés sont nourris par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et ses partenaires. Jusqu’à présent, les réfugiés recevaient chaque mois une certaine quantité de nourriture à consommer durant un mois.

Toutefois, cette méthode de distribution alimentaire posait divers problèmes parmi lesquels le fait qu’il faut être présent le jour de la distribution et faire le rang pendant de longues heures même si on est par exemple malade. Les réfugiés reçoivent chaque mois des denrées identiques qui parfois ne correspondent pas à leurs goûts et habitudes alimentaires.  Et enfin, c’est toujours le mari qui reçoit la dotation alimentaire. Même en cas de foyer polygamique, c’est le mari qui reçoit toutes les denrées et les redistribue à sa guise à chaque épouse.

Depuis le début de l’année, le PAM a introduit le Cash Based Transfer (CBT), un système qui consiste à convertir l’équivalent de la ration alimentaire en argent. L'argent est transféré tous les mois aux bénéficiaires par le biais d'une plateforme de monnaie électronique.

Le porte-monnaie dans le téléphone. (c) Anne Mireille Nzouankeu
Le porte-monnaie dans le téléphone. (c) Anne Mireille Nzouankeu

 

Pour rendre effectif le système de paiement mobile, chaque ménage bénéficiaire a reçu du PAM un téléphone portable et une carte SIM lui donnant accès à un portefeuille électronique pour recevoir des allocations mensuelles qui lui serviront à acheter des denrées alimentaires de son choix dans les magasins des détaillants sélectionnés.  L’un des gros avantages du paiement mobile est qu’avec l’argent reçu, les bénéficiaires ont la possibilité de choisir les aliments et les quantités de leur choix.

Abdoulaye Amina est la deuxième épouse de son mari. Avant l’introduction du système de paiement mobile, c’est le mari d’Amina qui allait pointer lors de la distribution générale de vivres et qui ensuite répartissait la nourriture à ses différentes épouses, selon sa convenance.

« Je préfère le système de téléphone. Non seulement je peux faire mon marché moi-même, mais aussi je peux acheter ce qui me plait, à l’exemple de la viande. En Centrafrique, mon mari était éleveur de bœuf, nous mangions de la viande tous les jours. Depuis trois ans que nous avons fui le pays à cause de la guerre, nous n’avons plus gouté à la viande, jusqu’à ce que je puisse en acheter il y a quelques mois, grâce au paiement mobile. Je suis très contente », dit Amina avec un large sourire. Le programme de transferts monétaires offre d’autres avantages tels que : dans un foyer polygamique, chaque épouse est considérée comme un ménage à part entière et elle reçoit directement sur son téléphone portable son allocation alimentaire pour ses enfants et elle. Les réfugiés ne sont plus obligés de faire le rang pendant de longues heures pour recevoir de la nourriture.

Ce système a permis à certains réfugiés d’avoir une activité lucrative car les échoppes dans lesquelles les réfugiés achètent via le mobile sont situées dans les camps de réfugiés et sont détenus par d’autres réfugiés. C’est le cas de Abdouraman Sali, un revendeur qui déclare avoir un bénéfice d’environ 100 000 Fcfa chaque mois grâce à cette activité.  A ce jour, 80 000 réfugiés ont déjà basculé du système de dons alimentaires au système de transfert d’argent via le mobile. Le basculement d’un système à un autre se fait progressivement.

 

Anne Mireille Nzouankeu